Véronique Nichanian : Hermès perd une signature iconique de sa mode masculine

Photo : Vincent Tullo


Le parfum du cuir, l’éclat discret des boutons en métal doré, le froissement maîtrisé d’un tissu précieux… Voilà ce qui a toujours caractérisé les collections masculines d’Hermès. Depuis plus de trois décennies, Véronique Nichanian y a insufflé une élégance singulière, à la fois intemporelle et résolument moderne. Aujourd’hui, l’annonce de son départ de la direction artistique masculine de la maison parisienne marque la fin d’un chapitre et l’amorce d’un nouvel horizon pour la mode masculine.

Une empreinte indélébile sur Hermès
Arrivée chez Hermès dans les années 1980, Véronique Nichanian a gravi les échelons avec une discrétion presque aristocratique. Son style, reconnaissable entre mille, repose sur une maîtrise parfaite des volumes et une sensibilité aux matières rares : cachemire d’exception, laines vierges aux textures subtiles, cuirs souples et patinés. Chaque silhouette, chaque veste, chaque pantalon semblait raconter une histoire, où le geste précis du tailleur rencontrait le souffle contemporain de la mode.

Sous son impulsion, Hermès n’a jamais cédé aux effets de mode éphémères. Les couleurs, souvent neutres ou pastel – beige sable, gris perle, bleu glacier –, étaient ponctuées de touches audacieuses : un vert céladon inattendu, un rouge profond rappelant la laque asiatique. Les défilés masculins devenaient alors de véritables poèmes visuels, où la fluidité d’un manteau côtoyait la rigueur d’un pantalon de coupe impeccable, et où chaque accessoire, de la cravate au sac, semblait trouver sa raison d’être.

La magie des matières et du détail
Chez Hermès, la matière n’est pas un simple support ; elle est narrative. Nichanian le savait mieux que quiconque. Le cachemire se transforme sous ses mains en manteaux drapés au tombé parfait, les cuirs en blousons souples dont le grain raconte le temps. Les finitions sont presque imperceptibles : un revers de veste parfaitement cousu, des coutures invisibles, des boutons recouverts de cuir, autant de signatures qui font la différence entre une pièce et un objet de désir.

Les accessoires, eux, bénéficient de la même attention méticuleuse. Les ceintures, les chaussures et les sacs masculins sont sculptés pour épouser le corps et le geste. La palette de couleurs se joue alors de la sobriété et de la surprise : un marron brûlé, un bleu nuit profond, un kaki nuancé d’ocre, tous se répondent et créent une harmonie visuelle rare.

Entre héritage et modernité
Nichanian a su conjuguer respect de l’héritage Hermès et audace contemporaine. Là où certains créateurs masculins cherchent à choquer, elle choisissait de séduire subtilement, en jouant avec les proportions et les textures. Ses silhouettes sont souvent minimalistes mais jamais austères ; elles respirent une élégance naturelle, un luxe discret qui s’apprécie autant à distance qu’au contact de la matière.

La créatrice a également su collaborer avec d’autres univers du luxe. Les lignes masculines d’Hermès, sous sa direction, ont souvent évoqué l’artisanat de maisons comme Loro Piana, connu pour ses tissus d’exception, ou encore John Lobb, dont les souliers parfaits accompagnent chaque collection. Ces références ne sont jamais ostentatoires ; elles traduisent un raffinement de goût, une culture du détail et du savoir-faire.

Les défilés comme écrin sensoriel
Chaque défilé signé Nichanian était une expérience. Les podiums, épurés mais poétiques, mettaient en valeur la fluidité des manteaux, la précision des tailleurs et la douceur des pulls. La lumière, choisie avec soin, révélait la texture des laines et des cuirs, tandis que la musique enveloppait le spectateur d’une atmosphère feutrée et contemplative. Le regard s’attardait sur le mouvement des tissus, les gestes des mannequins, et l’émotion émanait autant des vêtements que de la mise en scène.

Ces défilés, loin des extravagances tape-à-l’œil, faisaient résonner le luxe Hermès dans une dimension sensuelle et poétique. La sobriété des couleurs et des lignes contrastait avec l’exubérance mesurée des accessoires, révélant une harmonie subtile et raffinée.

L’héritage de Véronique Nichanian
Le départ de Nichanian laisse Hermès à un tournant. Son style, déjà profondément ancré dans l’ADN de la maison, continuera de nourrir l’inspiration des équipes créatives, mais la question demeure : qui saura reprendre ce flambeau et respecter cette poésie masculine si singulière ? Les noms circulent déjà dans les coulisses de la mode, mais aucun ne peut prétendre remplacer la sensibilité unique d’une femme qui a su transformer la mode masculine Hermès en une signature artistique universelle.

Conclusion : Un futur en suspens
Alors que Véronique Nichanian quitte Hermès, il reste une trace indélébile : une vision de la masculinité sophistiquée, un art du vêtement où chaque couture, chaque drapé, chaque nuance de couleur est un geste de luxe réfléchi. Hermès entre dans une nouvelle ère, et l’attente est à son comble. Le défi sera de poursuivre cette quête d’élégance sans trahir l’âme de la maison.

Entre nostalgie et anticipation, le monde de la mode observe, presque en apesanteur, prêt à découvrir qui osera écrire le prochain chapitre de l’histoire masculine d’Hermès, en respectant l’héritage de celle qui a fait du cuir, de la laine et du cachemire des instruments de poésie.