Maria Grazia Chiuri nommée directrice artistique de Fendi : une nouvelle ère s’ouvre à Rome
Photo: Paola Mattioli
Une nomination qui résonne comme un retour aux sources
C’est une annonce qui a fait frémir la planète mode. Maria Grazia Chiuri, figure emblématique de la féminité contemporaine chez Dior, est nommée directrice artistique de Fendi. Un mouvement aussi audacieux qu’évident. Derrière cette décision, un symbole : celui du retour à Rome, sa ville, son souffle, sa lumière. Là où tout a commencé, là où la mode respire différemment, entre marbre et soleil, passé et irrévérence.
La créatrice italienne, première femme à avoir dirigé la maison Dior, retrouve chez Fendi une maison qui lui ressemble : familiale, enracinée dans l’artisanat, mais profondément tournée vers l’avenir. La Rome de Fendi n’est pas celle des ruines — c’est celle des ateliers, des mains qui tissent, coupent, cousent, assemblent. Celle des femmes aussi, puisque Fendi, fondée en 1925 par Adele et Edoardo Fendi, a toujours célébré la transmission et la force féminine.
Une rencontre entre deux ADN : rigueur romaine et douceur poétique
Cette nomination réunit deux univers que tout semblait destiner à se croiser. D’un côté, Fendi, empire du cuir, du savoir-faire et de l’expérimentation. De l’autre, Maria Grazia Chiuri, la créatrice du dialogue entre l’âme et le vêtement, celle qui a su transformer les défilés Dior en manifestes d’émancipation. Chez elle, la mode n’est jamais décorative : elle pense, elle questionne, elle raconte.
À Rome, Chiuri retrouve la matière dans toute sa noblesse : la fourrure (dans ses versions les plus éthiques et expérimentales), le cuir souple, la laine drapée, le satin dense comme une caresse. Son regard, empreint de sensualité et de rigueur, promet de métamorphoser ces étoffes en déclarations d’intention. On imagine déjà des manteaux sculpturaux aux volumes architecturés, des robes longues effleurant le sol en mousseline de soie, des jeux de transparence évoquant la lumière italienne qui glisse sur le travertin des palais baroques.
Un héritage imposant, un souffle nouveau
Fendi, c’est aussi Karl Lagerfeld, son éternel complice, qui en fit l’une des maisons les plus visionnaires du XXᵉ siècle. Sa silhouette noire et ses gants en cuir blanc planent encore sur la Via dei Condotti. Mais la maison n’a jamais cessé de se réinventer : Silvia Venturini Fendi a su maintenir la flamme, entre innovation et mémoire, en donnant au cuir des accents pop et aux sacs des statuts d’icônes — le Baguette, le Peekaboo.
L’arrivée de Chiuri ne remplace pas cet héritage : elle le prolonge, elle le recontextualise. Là où Lagerfeld injectait du surréalisme et Venturini Fendi de la praticité raffinée, Chiuri apportera la conscience — celle du temps, du corps, de la femme moderne. Elle incarne cette vision douce et déterminée qui conjugue la couture à la première personne du singulier.
Le geste et la pensée
Il y a chez Chiuri une attention presque religieuse au geste. Dans ses défilés, les broderies sont des prières silencieuses, les fils deviennent des lignes de poésie. Son amour des arts textiles, nourri par les tisserandes, les brodeuses et les dentellières, trouve un écho parfait dans l’univers de Fendi, où chaque couture est une conversation entre la main et la matière.
Sa Rome à elle est intellectuelle et sensuelle. On se souvient de ses collaborations avec Judy Chicago, de ses citations de Virginia Woolf ou de Simone de Beauvoir. On peut imaginer qu’elle transportera cette même exigence littéraire et artistique dans les ateliers romains. Peut-être verrons-nous un dialogue entre les pierres et le tissu, entre l’architecture antique et la souplesse du cuir, entre la mémoire et la réinvention.
Le luxe comme manifeste
Chez Fendi, Chiuri pourrait redéfinir le luxe comme langage intime. Un luxe moins ostentatoire, plus émotionnel. Un manteau ne serait plus seulement un vêtement, mais une armure douce ; un sac, non plus un accessoire, mais un secret. Sa manière de revisiter les codes — sans jamais les briser — lui permettra d’inscrire Fendi dans une nouvelle modernité : inclusive, responsable, profondément ancrée dans l’époque sans jamais s’y soumettre.
L’approche de Chiuri est aussi politique, au sens noble du terme. Elle croit au pouvoir du vêtement pour exprimer la liberté, le respect, la beauté intérieure. Son arrivée chez Fendi pourrait ainsi symboliser un nouvel humanisme de la mode, où l’élégance s’écrit avec conscience.
La couleur du futur
Si Dior lui a permis de jouer avec la lumière — le blanc des robes de tulle, l’or des brocards, le bleu nuit des tailleurs —, Fendi lui offrira une palette minérale et solaire. On imagine des beiges nacrés, des bruns ambrés, des rouges terreux rappelant les façades romaines au crépuscule. Des teintes que seule Rome sait inventer, entre poussière et éclat, entre passé et promesse.
Les accessoires, véritables totems de la maison, deviendront sans doute les vecteurs de cette nouvelle esthétique : des sacs aux lignes souples, drapés comme des étoffes, ornés de détails artisanaux inspirés des mosaïques antiques ou des bas-reliefs. La fourrure, réinterprétée en textures techniques et écologiques, pourrait se fondre dans des jeux de lumière et de mouvement. Le cuir, matière fétiche, se fera seconde peau, vibrant au rythme des pas dans les rues pavées de Rome.
Fendi, temple de la féminité plurielle
Ce que Maria Grazia Chiuri apporte avant tout, c’est une vision du féminin. Non pas un féminin figé, mais pluriel, libre, narratif. Chez elle, la femme n’est jamais objet, elle est sujet — parfois héroïne, parfois muse, souvent les deux à la fois. Cette philosophie s’accorde naturellement avec l’héritage des sœurs Fendi, pionnières d’une mode indépendante et audacieuse dès les années 1930.
Sous sa direction, Fendi pourrait devenir un manifeste vivant : celui d’une mode qui célèbre la femme réelle, ses contradictions, ses forces, ses silences. Une mode qui ne cherche pas à plaire, mais à révéler.
Un nouveau chapitre romain
Rome, encore et toujours. Elle est la toile de fond de cette nomination, mais aussi son cœur battant. Là où Paris incarne la perfection, Rome célèbre la vie — avec ses excès, ses nuances, ses paradoxes. C’est dans cette tension que Chiuri excelle. Elle sait lire les villes comme des tissus, et les femmes comme des architectures fragiles et puissantes à la fois.
La maison Fendi, ancrée dans le Palazzo della Civiltà Italiana, monument rationaliste surnommé « le Colisée carré », deviendra plus que jamais un symbole : celui d’un dialogue entre la tradition et l’avant-garde. Entre la pierre et le souffle.
Une conclusion ouverte, comme une promesse
Maria Grazia Chiuri chez Fendi : au-delà du titre, c’est une conversation entre deux visions du monde. Celle d’une maison née de l’artisanat et de la famille, et celle d’une femme qui a fait de la mode un espace de pensée. Ensemble, elles pourraient redessiner la géographie du luxe, non plus comme un territoire de rareté, mais comme une expérience d’émotion et d’intelligence.
Dans les ateliers romains, le murmure des couturières résonne déjà. Le cuir s’assouplit sous la chaleur des mains, les fils d’or scintillent à la lumière du matin. Et au loin, sur les toits de Rome, une nouvelle ère commence — douce, féminine, intemporelle.
L’ère Maria Grazia Chiuri chez Fendi.